mercredi, 31 janvier 2007

Jour J + 1 : Le désert de Lompoul (Troisième partie)

Mamadou nous attend. Les gars du 4X4 ont disparu. Le jeune de la natte aussi. Nous contournons une cahute de paille et entamons notre trek dans le désert. Deux enjambées. J’ai l’impression de rester sur place. Le sable ne me supporte pas et cède sous mon poids. 20 mètres et je suis essoufflée. Maudites cigarettes ! Je ne pourrai jamais aller jusqu’au bout. Un sommet. Là, à portée. Plus que dix foulées. Mes pieds dans les traces de Mamadou. Nous y sommes.

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Encore du sable. Encore des dunes. Quelques petites touffes de végétation. Une toile et des piquets. Au loin, un drapeau. Nous progressons. Nous nous en approchons. A sa hauteur, je suis Neil Armstrong. Nous sommes le 21 juillet 1969. Je m’écarte. J’ai envie de continuer. Je suis en pleine forme.

« On va retourner au campement. Le repas doit être prêt. »


??? Déjà ? C’est ça le trek ? 50 mètres dans le sable ? Mais ça ne va pas du tout. Je suis en forme. Je veux aller plus loin. Jusqu’à la prochaine, prochaine dune.

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J’avance doucement. Ils doivent me suivre. Je me retourne.
Que nenni !!
Ils ont déjà fait demi-tour !



« Hé, me laissez pas toute seule... »

mardi, 30 janvier 2007

Jour J + 1 : Le désert de Lompoul (Deuxième partie)

Un des passagers porte nos bagages. Je prends ma valise. Je les suis, lui et ma mère. Il s’arrête devant une tente, la première.

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Il entre. Pose les bagages. Se retire.


« On se retrouve dans ¼ d’heure » nous propose Mamadou.
C’est vrai qu’il y a un trek de prévu !


Nous entrons sous la tente.

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Quatre lits disponibles. Nous prenons ceux de droite. Une natte ensablée au sol. La toile de tente n’est pas tendue ; elle n’est pas opaque non plus. Le lit est très étroit. Il est de camp. L’oreiller est plat.
Au secours... je veux rentrer à ma maison !


« Oh la la. Je ne vais jamais pouvoir dormir. Il me faut au moins deux oreillers. Et bien..., la nuit va être longue... ! »

Je crois que ma mère aussi, veut rentrer à sa maison...



Nous posons les valises sur le lit. Envie d’aller voir le reste du campement. Histoire de renforcer notre mal-aise. Pour en rire plus tard. ...Bien plus tard... Devant la tente, une cigarette. Le plaisir de polluer l’air pur. Face au soleil qui se couche. Le sable se teinte. Les oiseaux se font entendre. Tout proches.


Au fond du campement, deux alignements.
Des abris. Des cahutes.

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Nous avançons. Progression tout d’abord rapide. Puis lente, au fur et à mesure de la découverte... nous sommes face à une palissade de branchages. Nous la contournons et...

« Oh non ! Oh la la ! Ce n’est pas possible... »

Et bien si. L’impossible aurait plutôt été une baignoire hydro massage. Des savons arôme bois de Santal. Un mitigeur chromé. Une sortie de bain moelleuse, 100 % coton.

Face à nous, une des douches du désert : des planches de bois posées sur le sable. Une poubelle, réserve d’eau. Un robinet.

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« Je me laverais à l’hôtel demain » dixit ma mère.

Je ne réponds pas mais je crois...
Je crois ? Ben voyons... je suis sûre que moi aussi je vais attendre l'hôtel.

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Nous poursuivons notre progression vers le second alignement. Nous venons de voir les douches, nous allons donc voir les toilettes. Et là, quelque soit leur état, nous ne pourrons patienter jusqu’au lendemain à l’hôtel. Il nous faudra y passer.

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Des toilettes à la turque.






Le PQ est glissé dans les branchages.

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La chasse d’eau est très ... colorée.







A cette vue, mon ventre, d’un seul coup d’un seul, s’est ragaillardit.

Il pète le feu !

lundi, 29 janvier 2007

Jour J + 1 : Le désert de Lompoul (Première partie)

Nous sommes 5.
A l’arrière, ma mère à ma droite. Un homme à ma gauche.
Devant, Mamadou, le chauffeur et un autre quidam.

Nous quittons rapidement la route du village. Un chemin de traverse. Puis du sable. Du sable. Du sable. Du sable. Ce n’est pourtant pas le désert. Des arbres délimitent le chemin. Des traces d’autres 4X4. Puis des buissons. Parfois une racine affleurant la surface. Des traces d’animaux.

Une chèvre passe devant nous. Tranquille. Le chauffeur se redresse sur la pédale de frein.

« Oh, un méchoui. » s’exclame ma mère.

Eclats de rires des occupants.

« Méchoui » reprennent-ils en cœur, « Méchoui. »

Je ne comprends pas l’humour ; on a tout de même faillit se la prendre cette chèvre. Tout comme l’arbre de droite. Le buisson de gauche. Je ferme les yeux. On va se planter.

Le 4X4 rugit. La dune est difficile à franchir. On peine. On s’élève. Doucement. C’est fait. Nous sommes en haut. Plus une chèvre. Plus un arbre. Du sable à perte de vue. Orange sous les roues. Ocre à l’horizon.

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Le désert.




Plaisir de plénitude. Sentiment d’être seuls au monde. D’en être les maîtres.

Le 4X4 descend doucement. Le sable s’efface devant nous. Quelques virages. Nous contournons une dune.


Un jeune. Couché sur une natte. Il se redresse.
Il est le gardien du campement.

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Nous sommes arrivés.

dimanche, 28 janvier 2007

Jour J + 1 : Du Lac au désert (Dernière partie)

Un village. Comme un autre. Mamadou ralentit. Plus qu’à l’accoutumée. Il tourne. Entre sur la place. Des hommes sont là. Contre un mur. Adossés. Un étal de babioles à l’ombre. Mamadou s’arrête.

« C’est ici que nous changeons de véhicule. »

Nous descendons. Choc des températures. Une chaleur étouffante nous entoure. Comme les enfants qui surgissent. L’impression de les voir sortir de terre. Ils sont tous là. Sourire aux lèvres, mains tendues.

« Un bonbon. »

« Un stylo. »

« Un bidon. »

Ils n’attendent rien. Ils veulent tout. Nous n’avons rien. Pas même une friandise. Pas même un bic. Juste une bouteille d’eau chaude.

« Tu viens voir mon exposition. Je vends. C’est pas cher. Il y a des choses pour toi. C’est joli. Tu payes en euros. »

La magie, encore une fois, s’interrompt.
L’homme est rusé. L’homme est tenace. L’homme est pressant. L’homme est loin d’être subtile.

« Non merci. Je vais repartir. Là, maintenant. »

« Mais non. Tu as le temps. C’est mon frère qui vous amène au campement ; viens voir... tu achètes si tu veux. »

Et M.... La boutique est à 10 mètres. A l’ombre. Devant le 4X4. Coïncidence ?
Les mêmes babioles que celles du Lac rose. Le même distributeur ?

« Tu vois ? C’est pas cher. Tu as des euros ? »

Oui je vois. Oui ce n’est pas cher. Oui j’ai des euros. Non je ne veux rien.

Les bagages sont dans le coffre. Mamadou est prêt.
Je les rejoins. Nous partons.

samedi, 27 janvier 2007

Jour J + 1 : Du Lac au désert (Troisième partie)

« On va changer de voiture pour aller dans le désert. Avec celle-ci, on risque de s’enfoncer et de rester coincés. »

Comment ça coincés ? Dans le désert ? Avec les serpents à sonnettes ? Les scorpions et autres bêtes sauvages ? Euh, je suis en vacances. J’ai prévu de mourir dans un crash. Ça ne s’est pas fait à l’aller. Cela se fera au retour ! Mais pas là, au milieu de nul part. Si je dois mourir, je veux qu’on m’entende. Je veux que ça se sache. Je veux faire la une. Le premier titre de PPD.

« Nous sommes bientôt arrivés. »

Ouf. Il fait chaud. Très chaud et le piment agit... j’ai soif et mon ventre se fait entendre...


Les villages que nous traversons se ressemblent tous.
Des baobabs à l’entrée. Des acacias sur la place.

Des hommes sous les arbres. A l’ombre. Ils parlent. Ils nous regardent passer. Tout comme leur temps.
Des enfants. Ils courent. Après les chèvres et les moutons. Ils jouent avec des objets de fortune. Des canettes de soda. Des roues de vélo. Déjantées.
La femme. Absente. Elle est au puit. Elle est au champ. Elle est sur la route. Nous la doublons. Fierté de la silhouette. Un bidon d’eau sur la tête. Un enfant. Emmailloté sur son dos. Cambrure des reins improbable. Démarche chaloupée. Danseuse diabolique.

Le klaxon. Il interrompt la magie. Elle s’écarte. Un coup d’œil vers nous. Noir sur fond blanc. Elle reprend sa route. Après nous.

Sa pensée déjà ailleurs.
Une tâche à accomplir.
Un homme à contenter.
Un monde à porter.

Culture, valeur qui me sont étrangères.
Qui auraient pu être miennes.
Si...


Dieu que je suis heureuse dans cette voiture.
Dans le froid de la clim.
Le ventre que se tortille.

vendredi, 26 janvier 2007

Jour J + 1 : Du Lac au désert (Deuxième partie)

« Thiès. Deuxième ville du pays. »

De la voiture, elle semble plus aérée que Dakar. De l’espace. De l’air.
Aussi frais que celui de la clim... Limite froid d’ailleurs !

Pas le temps de visiter. Nous la traversons seulement. Des étals au carrefour. Sur les trottoirs. Un m’attire.

« Mamadou, vous pouvez vous arrêter s’il vous plait ? »

« Oui. Où ? »

« Là. »

J’aime les couleurs.

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Clic la vannerie.




Il y a la même sur le marché Dijonnais mais ici, elle a un autre... attrait.
Sortie de Thiès.
Une carriole.

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Dommage.




Floutée. Par le temps qui passe. Par la chaleur de la route qui s’évapore. Par la crainte que s’immisce.


Dormir sous une tente dans le désert...

Je suis d’un tempérament urbanisé !
Le matelas Dunlopillo comme couche.
Les fleurs du fleuriste comme verdure.
L’asphalte pour support.
Les vapeurs citadines comme effluves.

Le trottoir d’en face pour horizon.

jeudi, 25 janvier 2007

Jour J + 1 : Du Lac au désert (Première partie)

Une tente mauritanienne !!
D’accord. La Mauritanie n’est pas loin. Il y a des chameaux. Il y a Nouakchott. Il y a le désert. Mais les tentes ?
Des tentes Quechua ? Des tentes trois secondes de Décathlon ? Des tentes à oxygène ?

Pour l’instant, de cet oxygène, il m’en manque !
La climatisation... Elle n’est toujours pas en marche. Il fait 50°C dans la voiture. Et je n’exagère pas !
Dans ma tête, une petite voix s’époumone. Elle hurle en direction de ma mère : "Demande la clim ! Le privilège de l’âge, tu seras écoutée. J’en peux plus." Je regarde ma mère. Je souffle. Fort. Je m'éponge le front. Essuie mes mains sur mon pantacourt. Je souffle encore. Aucune réaction...
Qu'on ne revienne pas me parler de maternage!

"OUH OUH, J'AI CHAUD! Je sue. Je me liquéfie".
« ... »
Je crois que je vais cra

« Si vous souhaitez que je mette la climatisation, vous me le demandez. Vous n’hésitez pas. »

GLOUP ?~!?.#~?!#!?!?#~ ?? Aurais-je un esprit télépathique ?

« Oui. Pourquoi pas. Qu’en penses tu Nathalie ? »

Ce que j’en pense !!
Mes neurones sont amorphes.
Mes synapses se sont liquéfiées.
Mon corps s’est ... anamorphosé...
Bien sur que je la veux cette P..... de clim.

« Oui. Pourquoi pas. Si vous voulez. »


Maintenons agréables, les relations diplomatiques entre nos deux pays.

mardi, 23 janvier 2007

Jour J + 1 : Le lac rose

« Nous sommes arrivés. Voilà le lac rose »

La route devient sable. Mamadou se gare devant un assemblage de tôles sous lequel deux hommes sont assis. Face à eux, des tableaux... de sable. A peine sortis de la voiture, un groupe de femmes s’avance vers nous. Elles nous accompagnent jusqu’au bord du lac, les mains tendues. Des colliers, des bracelets, des vêtements. Mamadou leur parlent. Elles rient. Elles s’en vont. Pas trop loin. Nous sommes des proies. Elles n’attendent qu’une chose : que Mamadou s’écarte de nous.

Il nous explique le Lac :

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« Le Lac Rose s’appelle aussi le lac Retba. C’est la plus grande ressource de sel du pays. Il est rose parce qu’il y a dedans une bactérie. Mais le rose ne se voit qu’en fonction du temps et de la position du soleil. Il y a tellement de sel qu’on peut flotter, comme dans la mer morte.


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Avant d’aller récupérer le sel, les pêcheurs se mettent du beurre de karité sur tout le corps pour ne pas être grillés par le sel. Ils utilisent un pic pour casser la croûte de sel et une pelle pour le récupérer. Ensuite ils le mettent dans les paniers qui sont dans les pirogues.

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Les femmes sont chargées de mettre le sel en tas sur la berge. Quand le sel est sec, elles le mettent dans des sacs. Ensuite, elles le vendent sur les marchés de Dakar. »


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Le cadre est superbe. Le lac pas vraiment rose. Les pêcheurs absents. Les femmes marchandent plutôt que de ramasser le sel. Le soleil tape.
Je prends des photos rapidement. J’évite les femmes, les hommes, les enfants. Sur les conseils de Mamadou. Ils pourraient ne pas apprécier. Ce qui peut se comprendre. Je prends tout de même le pécheur. Il est trop loin. Il ne va pas plonger pour venir m’enguirlander !
Nous retournons à la voiture.

« Pas cher. Regarde. C’est joli. C’est fait avec du sable. »

« Non merci. J’en ai déjà un. »

« Tiens. J’ai ça aussi. C’est joli sur toi. »

« Non merci. »

Mamadou, au secours ! Elle ne veut pas me lâcher.
Il m’ouvre la portière. Je m’installe. L’intérieur est une étuve. Nous laissons les vendeurs ambulants aux prochains touristes. Le lac à ses pêcheurs.


« Nous allons manger à l’hôtel Ker Djinné. »

De nombreuses cases. Des palmiers. De l’air. Nous montons sur la terrasse.

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« Nous pouvons manger dans trois quart d’heure. On se retrouve ici. »

Nous contournons la terrasse. Une piscine. Des parasols. Des chaises longues. Le bonheur.

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« On pourrait se prendre un apéritif. J’ai soif. Va demander le prix d’une gazelle. »

« 1500 francs. »

« J’en prend une. Et deux verres s’il vous plait »

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La gazelle.






La boisson la plus vendue. Bouteille de 75cl. Je retourne au bord de la piscine.

« 1500 francs. »

« Oh la la. On peut la trouver à 400 francs ! Hors circuit touristique... »

La bière est fraîche. Peu importe son prix. Et si on calcule, 1500 francs, ça fait 15 francs. Ça fait un peu plus de 2€. Ridicule !


Le repas est servi dans ¼ d’heure. Je contourne la piscine. L’hôtel organise des treks. Je m’enfonce dans le sable. Je supporte à peine sa chaleur. Mes tongs vont fondre.
Les montures sont au repos. Elles me regardent arriver sans réaction aucune. Heureusement !

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Clic les dromadaires.




La table est mise. Des crudités et du poulet yassa. En dessert, fruits de saison, crème brûlée ou mousse au chocolat. Le repas est compris dans le prix du séjour. Alors un verre de vin pour le plaisir. J’engloutis les crudités. Ma mère me fait les gros yeux. Dans le guide du routard ils disent : ne pas manger de fruits ni de légumes crus ! Je m’en fiche. J’ai faim. C’est frais. C’est bon.

« Le poulet Yassa. »

« Vous auriez du piment s’il vous plait ? »

« Attention, il est fort. »

Premier bonheur culinaire : poulet épicé et riz. Mousse au chocolat pour le dessert. On ne se refait pas...


Nous repartons le ventre plein.
Ce soir, nous dormons dans le désert.
Sous des tentes mauritaniennes !


Je ne suis pas vraiment pressée d’arriver !

lundi, 22 janvier 2007

Jour J + 1 : Petite visite de Dakar (Fin)

Nous retrouvons le trafic. Impressionnant. Peu de véhicules personnels. Des taxis. Jaunes. Des autobus. Bleus. Des minibus.

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Trafic quotidien - Un car rapide.




L'atmosphère est irrespirable. L'odeur est intenable. La poussière s'imprègne. Mes cheveux. Le verre de mes lunettes. Le col de ma chemise. Ils deviennent ocre, rouge, gris. La climatisation n'est pas en marche. L'air, même vicié est préférable à la fournaise de l'habitacle. Quasi tous les véhicules fument. Certains ne roulent que par miracle. Le minibus passe devant nous. Pas le temps de le prendre. Au moins 50 passagers y sont entassés. Deux sont dehors. En équilibre sur le marchepied. Pas assez de place ?

« Nous passons devant la gare routière. C’est de là que partent les "car rapides". Ils desservent presque toutes les régions. On ne sait pas quand ils partent... on ne sait pas quand ils arrivent. »

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La gare routière.




Mamadou rigole. Le critère temps n’a, ici, vraiment pas l’importance qu’on lui accorde, là-bas.


Nous empruntons l’autoroute. Elle est en chantier.

« Une fois terminée, elle devra faciliter l’entrée et la sortie de Dakar. »

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Autoroute en chantier.




Euh... c’est ça l’autoroute. En chantier d’accord mais tout de même...
Il n’y a pas de glissières de sécurité ?
Il n’y a pas de bandes d’arrêt d’urgence ?
Il n'y a pas de bornes d'appel d'urgence ?
Il n’y a pas de panneaux lumineux ? Vous avez, ceux qui disent :
"Quelqu'un vous attend? Il vous veut en vie... Ralentissez"
"Attention, chaussée verglacée... Ralentissez"

Premier jour et je regarde avec mes yeux de française. Je réfléchi pourtant, dans mon cadre professionnel sur la notion de "filtre culturel" et là, juste pour une autoroute, je compare et critique à tout va.
Qui dit que l'autoroute doit être goudronnée ?
Qui dit qu'il doit y avoir des lignes blanches discontinues ?
Qui dit qu'il ne doit pas y avoir de piétons ?

Qui dit que... ?
Moi

« Les travaux doivent être loin d’être terminés. Ce n'est pas l'autoroute de chez nous ! »

Rectificatif :
« Qui dit que ... ?
Ma mère et moi!


Sortie d’autoroute. Une grande avenue.

Nous ralentissons. Sur ma gauche, des travailleurs des travaux publics. Un échafaudage.

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Ouvriers des Travaux Publics.




Pas de gants.
Pas de casques.
Pas de harnais...

Stoppe là tes comparaisons !
Prends les choses telles qu’elles sont.

« Que prends tu en photo ? »

« La sécurité sur les chantiers. Pour le boulot. Un exercice pour les stagiaires du bâtiment. »


« Vous avez vu sur le bord de la route. Ce sont des dépots-vente de pièces détachées de voitures. Ici, les voitures sont importées. Mais maintenant, celles de plus de 5 ans sont interdites d’importation. Celles de moins de 5 ans sont trop chères. Alors on rafistole. »

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Un dépot vente parmi d'autres.




D’où les poubelles fumantes que nous croisons. Nombreuses.


Nous sommes enfin sortis de la ville. De la banlieue.
J’ai chaud. Les fenêtres ouvertes, je respire. Des baobabs à profusion. Pas envie de les photographier. Mon petit doigt me dit que j’aurai tout le temps de le faire. Juste mes yeux qui fouillent le paysage. Mamadou conduit bien. Je me laisse aller. Ils échangent, ma mère et lui. Je ne prête pas attention à ce qu’ils disent.

L’entrée d’un village. Un cliché. Une femme sur la place. Un acacia fait écran au soleil.

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Instant volé.




Mes pensées vagabondent. Le paysage défile. Je ne le fixe pas. Je m’évade.



« Voici le dernier village avant le Lac Rose. »

Des femmes, des enfants. Des couleurs. De la chaleur. Beaucoup de chaleur. Plus acceptable celle-ci car humaine. Des sourires. Des yeux qui pétillent. Des auvents contre les murs, au-dessus des fenêtres protègent les vendeurs et leurs marchandises. Statuettes, cigarettes, bouteilles d’eau, boubous, le continent africain en pendentif, le lac rose en carte postale. Ils nous font signe.


Pour dire bonjour ? Pour que nous achetions ?
Certainement les deux à la fois.

dimanche, 21 janvier 2007

Jour J + 1 : Petite visite de Dakar (Suite)

Nous rentrons à nouveau dans la ville.

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HEEEEE ?~!?.#~?!#!?!?#~ ?? Je me dis...
Le Dantec c’est Breton ? Ils sont vraiment partout ceux-là !

Nous arrivons sur une grande place. Pas possible de s’arrêter. Une statue au milieu. Nous sommes "Place Soweto". Plutôt un beau quartier. Nous ne sommes pas très loin des ambassades. L’assemblée nationale fait face au musée de l’Institut Fondamental de l’Afrique Noire.

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Clic la statue.






La circulation devient difficile. La chaleur s’accentue. Les fenêtres sont ouvertes. Un peu d’air chaud pour tenter de se rafraîchir. Les klaxons. Les odeurs de pots d’échappement (quand les voitures ont des pots...!). Les piétons qui traversent en tous sens. Ils se collent aux voitures. Ils tendent leurs marchandises. Pas parce que nous sommes touristes. Ils sont à toutes les portières. Ils restent tout de même un peu plus vers nous. On ne sait pas comment dire non poliment.

« C’est le marché Sandaga. Et tout le long de la rue, il y a que des vendeurs. »

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Clic. Clic. Je m’approprie des moments de vies en cachette.


Au loin un minaret. C’est celui de la mosquée de Dakar :

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La mosquée Mohamed V.






Depuis les évènements du 11 septembre, il n’est plus possible de la visiter.


Nous sortons du "Plateau" (nom donné à un des quartiers de Dakar) pour entrer dans le quartier de"la médina" par le bas du Boulevard du Général de Gaulle. En haut de ce boulevard, un obélisque avec les chiffres romains MCMLX.

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« Alors, MCMLX ça correspond à quoi Nathalie ? »

« ARGL ! euh... PFFFFFF... J’en sais rien. »

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« 1960. La date de l’indépendance du Sénégal. »

Je demande à ma mère un stylo et une feuille. Elève disciplinée, je vais prendre des notes. Sait-on jamais. Peut-être Mamadou a t'il prévu une évaluation de fin de séjour.


« Je vais vous conduire auprès d’artistes locaux. Ils font des tableaux de sable. »

Je suis toujours touriste. Je suis donc toujours à même de comprendre les messages subliminaux.
Artistes + locaux + passage obligé = acheter.

Nous entrons dans une cour. Un grand hangar est sur notre droite. Nous saluons les artistes locaux. Habillés et coiffés de façon locale. Des portiques de vêtements, des tableaux accrochés au mur, de grandes tables, du sable de toutes les couleurs dans des récipients de bois.

« Bonjour Mesdames. Venez voir. Regardez ces tableaux. Ils sont beaux. Ils sont pas chers. Tiens regarde, il va te montrer comment on fait. »

Sous nos yeux qui se veulent ébahis, démonstration. Une planche en bois. Un dessin réalisé avec de la colle en tube. Puis le peintre ? L’ensableur ? L’encolleur... ? prend du sable et recouvre une partie de son dessin. Je me retrouve en maternelle. A la place du sable, c’étaient des pâtes. Mais ç’est un peu pareil. L’artiste prend un autre sable et continue de recouvrir. Puis encore un autre et encore un autre. Il renverse la planche en bois. Un coup sec sur la tranche et ...

OOOH ! C’est joli !
Il y a des nuances et des dégradés !
Mes yeux sont... ébahis.

« C’est combien ? »

« Tu veux lequel ? Regarde, il y en a plein. Tu peux payer en euros ! »

Ma mère regarde les tableaux. J’avise un petit tabouret de bois. Je veux une photo des sables. Je monte sur le tabouret. Un pied se dérobe. Je me vois tomber. Que choisir : l’appareil photo ou mes fesses. Je n’ai pas le temps de choisir ce que je vais laisser tomber en premier. Il me rattrape, l'ensableur. Tout juste.

Juste le poignet gauche qui cogne la table.
Juste deux récipients de sables renversés.
Juste la honte.

« Ça va ? Tu t’es pas fait mal. »

« Non. Merci. Désolée pour le sable. »

« C’est pas grave... Alors, tu prends un tableau ? »

Faut avouer que c’est un peu cher. 15 euros.
Mais bon, mon délicat fondement, sauvé d'un traumatisme certain, vaut bien ça...

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Clic les tableaux.




« Tu veux que je prenne le sable ? »

« Volontiers. »

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Clic les sables.






Mamadou a bien travaillé : nous ressortons avec deux tableaux et 30€ en moins. Nous reprenons la route. Plus d’arrêt avant le lac rose. Heureusement. A ce rythme notre budget est à sec au bout d’une semaine.


Mon poignet est douloureux.

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