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lundi, 26 mars 2007

Jour J + 5 : Toubacouta (Village Sipo)

Sipo. Le village. Une plage et quelques pirogues. Des hommes sur le départ. Des enfants sur une racine à fleur d’eau. Des sourires. Pour masquer l’appréhension. La curiosité.

Nous suivons Mamadou. Nous laissons le piroguier.

Dès l’entrée du village, des femmes. Affairées. A la cuisine. Des enfants autour d’elle. Des enfants sur elles. Ceux de la plage nous ont doublés.

Une femme sort d’une petite case. Le buste humide. Elle rajuste son boubou sur son sein gauche.
Mamadou la salue. Il lui parle.

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Je suis en retrait. Je regarde l’échange. C’est une reine tout de même. D’accord. Une reine sans couronne. Sans trône. Sans sceptre. Une reine sans même une petite cour à sa suite. Mais c’est tout de même une reine.

Que vais-je lui dire ?
Bonjour ma reine ?
Ma seigneurie, je vous salue ?
Avé reine ?

Ma mère ne se pose pas cette question. Elle lui sert la main.
C’est mon tour. J’avance vers elle. Je glisse mes lunettes sur mon front. Lui tend la main.
Diantre ! Quel impair ai-je commis ?
La reine a un mouvement de tête.
Un mouvement de recul.

Elle s’adresse à Mamadou. Je ne comprends rien. Pas même leurs mimiques.

« Elle veut savoir d’où tu viens. »
J’aimerais lui dire de Dijon. Vous savez, la moutarde. Le DFCO. Le Bourgogne. Mais ça ne servirait à rien.

Ici le piment est leur condiment.
Le football se pratique sur terrain vague.
Les baobabs remplacent les vignes.


Je ne prends pas de détour. Lui donne la réponse qu’elle veut entendre.

« Mon père est Sénégalais. Marie-France est ma mère. »


Les yeux de Mamadou s’écarquillent. Il découvre notre lien filial.
Que croyait il ?
Que j’étais auxiliaire de vie ?
Que je m’occupais d’une richissime ... personne âgée ?
Que ce voyage était une animation. Comme une autre...
Des auxiliaires de vie jouent au scrabble. Vont faire les courses. Rempotent les fleurs du balcon.
Moi ? J’accompagne ma « cliente » au Sénégal...

Il traduit ma réponse à la reine.
Elle me regarde.
Elle sourit.
S’avance et m’embrasse.

[Pour ceux qui me connaissent, vous imaginez mon profond désarroi... Pour ceux qui ne me connaissent pas, sachez que je fuis les contacts...]

Donc elle s’avance. M’embrasse.
Moi qui m’inquiétais du protocole...

Mamadou tend la main vers ma mère. Il doit lui expliquer qui elle est.
Oubliée la main tendue. Elle l’embrasse aussi.
Elle nous parle. Mamadou traduit.

« Elle dit que tu es à nous. Que tu es d’ici. »

Peut-être effectivement suis-je à eux...
Peut-être suis-je vraiment d’ici...


Il m’aura fallut faire plus de 4000 km.
4000 km pour qu’une inconnue me dise qui je suis.
Me dise d’où je viens...

Je ne pense qu’à ça quand, son bras sur mon épaule, mes bras figés, elle m’entraîne vers la place du village.
Elle veut être photographiée à mes cotés.
Horreur !

[Pour ceux qui me connaissent, vous imaginez mon profond désarroi... Pour ceux qui ne me connaissent pas, sachez que je fuis les photos...]


Je prends la pause.
Ravale mes larmes.
Je gère ce qui s'est passé.
Ce qui s'est dit
J'essaie...

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Ma mère prend la photo. La reine en veut une autre. Sitôt fait, je chausse mes lunettes.
"Mettre des verres fumés Pour montrer tout c'que je veux cacher."

La reine nous donne l’autorisation d’aller visiter le village.
Elle lâche ma main.

Je suis ma mère et Mamadou.


Ils sont flous.
Ma vue est encore brouillée...

samedi, 24 mars 2007

Jour J + 5 : Toubacouta (Village Sipo et Pêche à la palangrotte)

Aujourd’hui, activité pêche.
Le repas de midi sera des plus frugal... on mangera le produit de notre pêche !

Nous retrouvons Mamadou sur l’embarcadère de l’hôtel.
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« Je vous présente notre guide de ce matin. Nous allons pêcher avec lui mais avant, il va nous emmener dans un village que nous pourrons visiter. »

Le guide ne parle pas le français. Son sourire remplace ses mots. Il semble enchanté.
Nous descendons dans la pirogue.

« Tu aurais du prendre une casquette Nathalie. Tu vas attraper une insolation. Tu as mis de la crème au moins ? »

Oui. Du monoï. Ultra bronzant. Je veux revenir négresse pour faire pâlir les toubabs de mon boulot. Etre bronzée en Novembre ! Marque de snobisme qui m’enchante...

La pirogue a un moteur. Mamadou se place à l’avant.
Figure de proue.
Emblème ébène de ces lieux.
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En deux minutes nous sommes sur le saloum. Je laisse ma main traîner dans l’eau. Elle est fraîche. Je pense à y mettre les pieds.


« Nathalie tu devrais éviter. Il y a plein de petites bêtes dedans. Dans le guide du routard ils disent qu’il ne faut pas s’y baigner... »
Le guide du routard... Le guide du routard... Il doit être son livre de chevet ! Mais bon... je laisse ma main dans l’eau. Mes pieds dans leurs tongs...


Au lieu de profiter de ce vaste paysage d’eau, le piroguier nous mène au milieu de la végétation. Il y a de petits arbres partout. Ils poussent dans l’eau.
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« Le delta du Sine Saloum est constitué de mangroves, de lagunes. Nous allons aller un peu plus à l’intérieur. Tous ces arbres, ce sont des palétuviers. Les racines sont immergées. »
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Les paysages plutôt arides des premiers jours. La chaleur. L’impression d’étouffement. Tout semble loin. Nous ne sommes entourés que de vert. L’air est agréable. La végétation luxuriante.

Le guide nous explique quelque chose. Je ne vois que son sourire sur ses dents gâtées. Sur le peu de dents qui lui restent.
Mamadou traduit :
« A marée basse, on peut entendre les huîtres qui s’ouvrent et qui se ferment. De petits claquements. »

C’est marée haute. Seuls s’entendent les clapotements de l’eau contre la pirogue. Le guide attrape une racine. Il la soulève. Des huîtres y sont accrochées.

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Il sort un couteau. Les décrochent. Il en ouvre une. Me la tend. J’appréhende un peu le goût. Sans citron. Sans beurre salé. Je la mange. Elle est bonne. Petite. Peu iodée. Mais bonne, je dois l'avouer.
Il en tend une à ma mère.
Elle la mange !!!

Il me semble qu’elle ait une lecture du guide du routard bien personnelle :
Les pieds dans l’eau, non.
Manger des huîtres, oui...


Le piroguier remet le moteur en marche. Nous retrouvons la grande étendue d’eau. Un pélican passe à nos coté. Trop rapide.
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« Nous allons là-bas. Vous voyez. Ce qui ressemble à une petite plage. Derrière, le village Sipo. Contrairement à la majorité des villages, ici, c’est une reine qui gère le quotidien. »
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Je vais rencontrer une reine !

Je ne me suis pas habillée pour l’occasion...

lundi, 19 mars 2007

Jour J + 4 : Toubacouta (Deuxième partie)

La faim me fait sortir du lit.
J’arrive à la piscine. Des applaudissements.
Leur ai-je tellement manqué ?
Ma mère leur a-t-elle vanté mes innombrables qualités ?

Non ! Des cracheurs de feu font le spectacle. Des percussions accompagnent leurs déhanchements. Deux choristes sont dans l’ombre.

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Je m’assois sur un muret de pierres.

« Bonsoir. Tu vas bien ? »

L’homme assit à ma gauche me parle. Je ne le reconnais pas.

« C’était bien Touba ? »

« HEEEEE ?~!?.#~?!#!?!?#~ ?? »

Des toubabs sont là. Ils rythment le chant des Djembés. Ils faisaient partie de notre petit groupe de "nu-pieds". Il doit donc être leur guide.

« Oui, merci. »

« Tiens, sers toi d’huîtres. »

Comme le dit ma mère : "Les huîtres, j’en mangerais sur la tête d’un pouilleux !"
Je prends le plat et ... oh stupeur. Elles sont noires. Recroquevillées dans leur coquille. Toutes rabougries. Loin d’être laiteuses.
Je passe le plat.

« Prends. Vas y. C’est moi qui offre. »

« Non merci. Je n’ai pas très faim. »

Ma mère se sert. Crues. Cuites. Peu lui importe. Ce sont des huîtres.

« Tu devrais essayer Nathalie. Elles sont très bonnes. »

Non. Je crois bien que je vais attendre d’être à Vannes. Sur le port. J'ai des goûts de snob. Citron. Sauce à l’échalote. Beurre salé.

De plus, le spectacle est terminé. Mamadou nous fait signe. Nous le rejoignons à table.

« Après avoir visité Touba, je vais vous parler de religion. Au Sénégal, il y a une majorité de musulmans. 88% pour 12% de catholiques. On peut même dire que les musulmans sont plus de 90% de la population. Avec ces deux religions, il y a l'animisme, avec ses rites et ses croyances, qui est encore très présent. A part quelques agités, l'entente entre les deux religions est très bonnes et les mariages entre les deux religions sont de plus en plus nombreux. Chez les musulmans, il y a plusieurs confréries : La Quadiriyya. La représentation la plus orthodoxe des Musulmans ; Les Tidjanes. La deuxième confrérie dans le temps mais la première en nombre ; Les Mourides. C’est la confrérie qui a le moins de membres mais c’est celle qui se fait le plus entendre. En dernier, les Layènes. Après, il y a les catholiques. Ils sont largement minoritaires, mais ils sont très attachés à leur culte. Il y a 75% des Sénégalais qui sont des vrais animistes. Ils y croient, en plus de leur autre religion. Mais il y en a qui sont complètement fétichistes. Avec des rites, ils rendent hommage aux esprits et aux ancêtres. Ils les craignent ou bien ils les vénèrent. »

Mamadou est musulman. Je n’ose lui demander s’il est animiste. J’aimerais que ce soit le cas.
Pour comprendre le principe des rites.
Du pouvoir des ancêtres.
Leur emprise sur leur vie.
De l’importance accordée à un gri-gri...



En fait... je ne vais rien lui demander...


Je pense à mes deux gris-gris dans ma valise !
Mon gri-gri pendentif et mes gris-gris vache...

samedi, 17 mars 2007

Jour J + 4 : Toubacouta (Première partie)

Hôtel Keur Saloum.
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Les photos de cette notes sont issues du site de l'hôtel Keur Saloum


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Entrée de l'hôtel




La chambre, une case. Celle-ci n’est pas faite de torchis. Le sol est dallé. L’eau est courante. La clim est en marche.
Une douche rapide. Direction la piscine. Pas envie de me baigner. Juste me poser. Une gazelle à la main. Une cigarette dans l’autre. Pied de nez à Touba.

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Une enfant joue dans l’eau. Je la regarde mais mon attention est attirée sur ma gauche. Sous la chaise d’à coté.
Oh P...... un lézard.
Un iguane. Un dragon miniature... Une bestiole rampante. A écailles. Vertes et jaunes. Les muscles bandés, je suis en apnée. Je fais l’habituée. L’ignore. Guettant le moindre de ses gestes. Il fait mine de rien. Lui aussi. Tête dressée. Les yeux roulant dans ses orbites ! Circonvolutions improbables...
Si je me lève, il me saute dessus ? Il me fuit ?
Ma mère s’approche... il se sauve.

« Tu as vu, sous la chaise, il y avait un lézard. Très joli. Belles couleurs. Il avait l’air gentil. »

Pas besoin de lui dire qu’elle m’a sauvée de l’asphyxie !


Le personnel s’active. L’heure du repas approche.
Mais je me sens barbouillée. Je ne sais pas si j’ai faim. Ou soif. Ou sommeil. J’suis patraque.


Je vais me coucher.

jeudi, 15 mars 2007

Jour J + 4 : De Touba à Toubacouta (Deuxième partie)

« Avant d'arriver à Toubacouta, nous allons nous arrêter dans un village Sérère. »

J’ai peur que ce soit l’arrêt touristique. De plus, nous n’avons rien à donner. Ni nourriture. Ni argent. Juste un sachet de bonbons... cela me semble bien dérisoire.

L’entrée d’un village. Mamadou ralenti et se gare sur le bas coté. C’est ici. Nous descendons.
Personne pour nous accueillir !
Sont-ils cachés à nous guetter ?
Revêtent ils leurs vêtements couleur locale ?
Le sorcier entame t’il la danse de bienvenue ?

Nous entrons dans le village. Il est calme. Propre.
Des hommes sont assis. En cercle. A l’ombre d’une paillasse, en équilibre sur quatre branches, enterrées dans le sol. Mamadou nous présente. Nous les saluons d’un sourire. Des enfants nous regardent de loin. Nous allons vers eux.

J’ai mon appareil à la main. Je ne sais pas si j’ai le droit. Mamadou me l’accorde.


Ma mère marche en direction d’une femme. Orange. Je reste à l’écart.


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Des hommes travaillent dans un enclos. Celui du bétail. Il doit être au champ. Surveillé par les enfants. Par les femmes de ceux qui palabrent.



Les enfants entourent la femme et ma mère.
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Elle distribue les bonbons. Certains le gobent. D’autres le regardent avec émerveillement. Les premiers en réclament déjà un second.

« Quel âge a-t-il ? »
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La femme ne comprend pas. Son sourire est sa seule réponse. Ma mère montre ses doigts. 1, 2, 3...
La femme l’arrête : 2 ans... ???
Je n’y connais pas grand-chose mais il me semble plus jeune. J’aurais dit 18 mois. Mais ma mère n’a que dix doigts...

La femme orange nous fait signe en s’éloignant. Nous la suivons. Elle nous présente sa case.
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Oh stupeur... elle a un lit ! Un vrai avec des pieds. Un sommier. Un matelas. De jolies fleurs sur le drap de dessus. Une descente de lit recouvre le sable. Il fait chaud mais la température est agréable.
En revanche, c’est petit. Chaque case semble avoir sa fonction. Lieu de repos. Cuisine. Salle de bain.
Le village accueille la vie de groupe.

« Les cases Sérères ont des murs en torchis. Ce sont des cases qui ne peuvent héberger une famille entière car il n’y a qu’une pièce. Elles se construisent vite mais quand c’est la saison des pluies, elles s’effondrent ! »

Je suis surprise de la propreté des lieux. Me restent en mémoire l’état des rues Dakaroises. Ici, le sable est plus propre que celui de certaines de nos plages. Voire de certaines cours. Des jardins qui jouxtent des pavillons de banlieue.

Une enfant me regarde.
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Je n’ai pas de bonbons. Je ne vais pas l’intéresser longtemps... je la regarde au travers l’objectif. Les autres se mettent en position. Ils ont bien appris la leçon. Ils connaissent la démarche. Pour faire plaisir aux touristes, prenons la pose !

Ma mère en profite.

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Je retourne à l’entrée du village.
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Des chevreaux sont à l’ombre. Ils sont petits. Des peluches.
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Un des hommes me hèle. Je le regarde. L’air benêt. Je ne comprends rien. Il me montre les chevreaux du doigt. Que veut-il ? M’en donner un ? Me dire qu’ils sont mignons ? Que leur viande est bonne ? Qu’il en a beaucoup ?

« Comment vous appelez ça chez vous ? »
Merci Mamadou.

« Heu... des biquettes ! »

« Biquettes ! Biquettes ! »

Les hommes ânonnent le mot. Ma mère arrive.

« Que voulaient-ils ? »

« Je leur ai dit qu’on appelait ça des biquettes. »

« Nathalie !! On dit des chevreaux !! »

Oui et bien les noms scientifiques campagnards, je ne les connais pas ! Et puis biquette, c’est joli...
Nous saluons les hommes. Les remercions de leur accueil. Ils nous serrent la main en répétant « Biquette. Biquette. »

lundi, 12 mars 2007

Jour J + 4 : De Touba à Toubacouta (Première partie)

Nous reprenons la route.
Direction le Siné Saloum.

« Nous allons nous arrêter pour manger à Kaolack. Je vous laisserais dans un restaurant ou un bar. Et nous partirons à l’hôtel Keur Saloum. A Toubacouta. »

La route est belle. La clim est en marche. Rien n’attire l’œil. Les mêmes villages traversés. Les mêmes baobabs. Les mêmes anacardiers et acacias.

Beaucoup de femmes sur le bas coté. De gros bidons sur la tête. Les enfants devant, derrière.

« Elles vont au puit. »

Plus loin une carriole. L’homme dirige son âne. Les mêmes bidons sont accrochés à l’arrière.

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La route et le temps défilent.

« Mamadou, vous pouvez ralentir ou vous arrêter ? »

Je descends de la voiture.
Des femmes de l’autre coté de la route. Elle tire l’eau du puit.
Nous avons du rouler plus d’1/2 heure. Les femmes croisées vont venir ici...
C’est le seul puit du coin.

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J’entends des voix. Me retourne. C’est à moi qu’elles s’adressent. Les intonations sont fortes. Les bras gesticulent. Je suis en train de me faire enguirlander... Je retourne à la voiture.
Mamadou parlent aux hommes assis à l’ombre d’un arbre. Ils rient.

« Que se passe t’il ? »

« Rien. Ils rigolent. »

Ca je le vois. Pas besoin de comprendre la langue ! Mais en revanche, je ne vois rien de drôle. Encore moins s’ils rient de moi.



« Oh regardez en bas. »

Mamadou ralenti et nous indique du doigt un espace ombragé dans le contrebas de la route. Nous descendons de voiture. Le goudron retient mes tongs. Des flaques d’eau recouvrent la route. Le ciel s’y reflète. Illusion. Mirage.

Je suis Mamadou et ma mère. Des herbes sèches. Du sable. Des acacias. J’accélère le pas. Je suis sûre qu’il y a des bêtes cachées. Elles n’attendaient que moi. Me piquer. Me mordre. Me dévorer. Je cours...
Arrivée en bas je remercie Mamadou. Un troupeau. Des vaches. Des chèvres. Des moutons. Ils sont venus s’abreuver. La scène est jolie.

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Dommage que nous ayons un planning. Des horaires à respecter. Je me vois rester ici. A l’ombre. À ne rien faire. Juste regarder. Attendre que le soleil se couche.

« Nathalie, on y va. Tu restes là ? »

...Tout bien réfléchi... non !
Manquent chaise longue, moustiquaire, serpentaire, parasitaire...



« Voilà Kaolack. »

Nous approchons de la ville. Des détritus le long de la route. Sur le fleuve. Sur les berges du fleuve. Décharge en plein air.

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« Kaolack est un port sur le Saloum. Elle a été une des villes les plus sales du pays. Il y a eu de nombreuses épidémies humaines. Il y en a encore. Choléra, lèpre, paludisme .... Les décharges publiques entourent la ville et l’odeur peut-être insupportable. Surtout après la saison des pluies. »


Mamadou se gare devant un petit café-restaurant.

« Vous pouvez manger ici. Je vous retrouve dans une heure. »

Nous choisissons une table. Sous le ventilateur. Il ne fait pas frais. Mais la chaleur est douce. Le patron, souriant prend notre commande.

« Une gazelle, deux verres. Merci... Vous auriez des arachides s’il vous plait ? »

Et voila. Notre repas est sur la table. Une heure de temps à tuer. Je regarde les photos prises depuis le début du voyage. J’ai l’impression d’être là depuis un mois. Quatre jours seulement se sont écoulés. Je ne pensais pas que ce serait si facile de perdre ses repères. Pour en adopter d’autres. Peut-être parce que je sais que je vais rentrer... Alors je prends tout avec félicité.
Même ce que je ne supporte pas chez moi. A Dijon. Des trajets de trois heures en voiture non-fumeur ! La chaleur. Les heures qui défilent lentement. Le tutoiement à tout bout de champ. Les sourires et salutations d’inconnus. L’expression impudique de bonheur. Et ça parait si simp...

« Nathalie, tu devrais aller au toilettes et lire ce qu’il y a d’écrit au-dessus du lavabo... »

J’y vais. Je reviens à la table prendre l’appareil.
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Humour ou réel avertissement ?






L’heure est passée.
Mamadou est là. Nous repartons

samedi, 10 mars 2007

Jour J + 4 : Touba

Touba Ville Sainte.

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Cheikh Ahmadou Ibn Mouhammad Ibn Habib Allah.
Plus simplement Cheikh Ahmadou Bamba.
C'est lui qui a fondé Touba en 1886.
La cité de ses rêves.

C'est une ville qu'il est bien de visiter. Pas d'y séjourner.
Surtout en vacances. Quand les envies sont de vouloir profiter.
Profiter du temps qui passe. Du soleil.
De satisfaire de menus plaisirs. Être en short. En jupe, une cigarette à la main. En terrasse. Un demi au soleil.
Tout cela est interdit.
Dans l'enceinte religieuse. Cela va de soi !
Mais aussi en ville ! Dans toute la ville !!

« Je vais vous laisser à l'entrée de la mosquée. Je vous retrouve de l'autre coté. La visite est assurée par des guides professionnels. »

Mamadou nous abandonne. Nos avançons vers un petit groupe de touristes. Nous allons les suivre durant la visite.


« Avant d’entrer dans l’enceinte de la mosquée, vous allez couvrir vos jambes et cheveux avec les tissus que mon collègue va vous passer. Prenez aussi vos chaussures à la main. »

Ma taille est ceinte dans une étoffe rose.
Mes cheveux cachés sous un voile qui a manifestement déjà servi...
Je franchis la grille.

Le guide commence sa présentation.
« Cette mosquée est un monument islamique unique en Afrique. Elle a été inaugurée le 7 juin 1963. Sa construction a duré 32 ans. Il a fallut 1.800.000 heures de travail, 4.800 tonnes de pierres, de sable et d'acier. Elle est pourvue de quatre minarets de 66 mètres de haut et un cinquième de 87 mètres. Il y a 3 grandes coupoles. Le marbre est italien. Les tapis Belges... »

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Je n’écoute plus. Je sautille. Peu m’importe que le marbre soit Italien. Il me brûle les pieds.
J’avance au rythme des ombres laissées par les touristes.
Une impression de fraîcheur...

« De cet endroit, vous pouvez voir les cinq minarets. Ils représentent les cinq piliers de l’Islam.
La Chahada, (l'attestation de foi de la croyance en Dieu et de la prophétie de Mahomet). Les cinq prières quotidiennes. L'aumône (l'aumône aux plus pauvres). Le jeûne du mois de ramadan. Le pèlerinage à La Mecque. »


Impossible de cadrer les cinq. Alors merci à [jenesaisqui].

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« La mosquée a six grandes portes: une à l'est (la grande porte), une à l'ouest et deux sur chaque côté latéral. »

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Nous sommes face à l’une d’elles.



Le plus grand des cinq minarets : 87 mètres.
Il faut l’avouer : impressionnant !

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En avançant un peu, nous arrivons devant une autre porte.
Par chance, celle-ci est ouverte. Des fidèles entrent.
Seulement des hommes. Les femmes sont interdites d’accès.
Ils entrent. Pour prier ? Pour être au frais ?

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On y aperçoit une fontaine.
En avançant un peu plus, un lustre est visible.
Serti de pierres...
précieuses...

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« Une des salles de prière. »

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« Quand les fidèles prient, ils se tournent de ce coté. Vers la mecque. »

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« Voici la salle des ablutions. Le fidèle, avant de prier doit se laver. Le visage, pour enlever tous les péchés commis avec ses yeux. Les mains, pour tous les péchés commis avec ses mains. Les pieds pour tous les péchés vers lesquels il s'est dirigé. »

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Une enfant avance vers le groupe. Je m’écarte. Je veux être discrète.
Peine perdue. Elle me voit.

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Me sourit. Le bébé dans son dos lève la tête. Pour la reposer aussitôt.

Le groupe poursuit la visite. Je le rejoins.




« Une autre salle de prière en construction. Il y a de plus en plus de fidèles et pas assez de place pour les accueillir. Lors des prières, les fidèles sont partout. Dans les salle. Devant la mosquée. Au soleil. La place ne suffit plus. »

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Le guide nous mène tout doucement vers la sortie.

« Je vous remercie pour votre visite. Vous pouvez acheter un chapelet. On fait défiler les graines entre les doigts en répétant une formule courte comme les 99 noms d'Allah. Quand vous avez fait un tour complet, Vous pouvez recommencer. »

Pour passer le temps ?
Pour s’occuper les mains ?
Pour arrêter de fumer ?


La visite est terminée. Les guides ne manquent pas de nous tendre la main...
Paume tournée vers le haut...
Nous éludons leurs demandes avec talent. Nous sommes devenue expertes en la matière !

La mosquée est belle. Magnifique même. Les matériaux. L’architecture. Les couleurs. Niveau esthétique : rien à dire.


Je n’ai pas aimé cette visite.

P....., dehors ils n’ont rien. Ici, que du luxe. Un luxe tel qu’il en est indécent.
J’ai du mal à concevoir cette richesse. Cet abus de richesse.
Peu m’importe la religion.
Cathédrale. Mosquée. Temple. Synagogue.

Pourquoi sont-ce ceux qui n’ont rien qui donnent tout ?

Peut-être faut-il avoir la foi pour avoir la réponse ?


Peut-être ne faut-il pas l’avoir pour se la poser ?

vendredi, 09 mars 2007

Jour J + 4 : De Saint-Louis à Touba

8h00. Nous sommes prêtes.
Mamadou est en retard !

Sortie de l’hôtel. Surprise ! Il y a du brouillard.
Peu importe, nous connaissons la route.
Sur la droite, le fleuve Sénégal.
Les pirogues se dessinent dans la brume.

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Sur la gauche, le cimetière. Ensuite, le quartier Guet N’Dar.

« Mamadou, vous pouvez ralentir ? »

Je baisse la vitre. Des enfants sur le trajet de l’école. Je risque un clic. Un peu honteuse. Je suis la touriste du Bou El Mgadad. Mais je dois remplir mon album photo...
Je suis punie de ce vol d’image. La photo est floue.

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« Olala, Mamadou, arrêtez-vous ! Nathalie regarde. De mon coté. Des pélicans. »

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Au milieu des détritus. Ils semblent avoir une prise de becs...




Au carrefour, un peinture. Sur un mur. Ce visage est peint un peu partout.

« Mamadou, qui est-ce ? »

« C’est le Cheikh Ahmadou Bamba. Nous allons d’ailleurs à Touba. La ville sainte. C’est lui qui l’a construite. »

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Si je conçois l'existence de différents lieux de culte,
j'ai du mal à imaginer que ce puisse être une ville...

mercredi, 07 mars 2007

Jour J + 3 : Le barrage de Diama (Seconde partie)

Une fois l’animation terminée, nous nous dirigeons vers la Mauritanie.
Nous marchons sur le barrage. Des pêcheurs sont dans les issues de secours. Ils pêchent à la palingrote. Ce que nous allons faire dans peu de temps. Dans le Sine Saloum.

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Une fois le barrage franchit, une route ombragée.
Au bout, la Mauritanie.
J'y ai passé la main...


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Des mauritaniens montent dans une voiture. A l’arrière. Dehors. Ils sont protégés du soleil. Ils portent travailler. Franchir la frontière dans ce sens semble plus aisé... il faut dire que derrière la barrière, ce n’est que sable à perte de vue. La première grande ville est à plus de 250 km. Nouakchott.

Nous faisons demi-tour.
Ma mère est rassurée : il y avait quelque chose à voir !

Nous remontons en voiture.
Direction Saint-Louis. A l’hôtel.



« Demain, nous partons très tôt. Rendez-vous à 8h00 devant la voiture. »

Très tôt : 8h00 ?
Si cette heure est matinale, alors je comprends la difficulté qu’ont certains stagiaires à être frais et dispo pour 8h30...


Déçue de quitter Saint-Louis. J’aurai aimé refaire le trajet touristique. Du hors piste aussi. A pied. Juste pour retrouver sur les murs son « passé glorieux », ses manières d'être et apprécier sa convivialité si singulière.

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