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mercredi, 25 avril 2007

Jour J + 5 : Pêche à la palingrote

Le piroguier nous mène jusqu'au centre du "plan d'eau".

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Nous croisons la pirogue des pêcheurs de Sipo.

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Professionnels. Ils ont leur tenue : pantalon et casquette.
« Tu as vu Nathalie, ils ont une casquette. »
Sous-entendu : ils se protègent !!


Le piroguier arrête le moteur. Le calme est soudain. Pas de vent. Pas d’huîtres qui "claquètent". Pas même le bruit de l’eau contre l’embarcation.

Il nous tend un fil de nylon. Au bout un hameçon. Quelques plombs. Le fil est enroulé autour d'un petit support de bois. Une crevette est empalée sur l’hameçon.

Il nous fait une démonstration. Le support de bois sous le pied. Debout dans la pirogue. Un mouvement du poignet pour donner de la vitesse au fil. Un geste ample. Les plombs s’envolent. Loin. Le support de bois laisse filer une longueur conséquente de fil.


Facile...


Je glisse le support de bois sous mon pied. M’assure que mon gros orteil ne va pas freiner le déroulement du fil. Je me mets debout. La pirogue tangue... J’agite le poignet. Fait un mouvement ample. Les plombs s’envolent...

... avec eux, le support de bois !!!
Oups... Je crois que j’ai fait une bourde.

Le piroguier récupère rapidement sa ligne et la lance au-dessus de la mienne. Son hameçon s’accroche à mon support de bois farceur. Il me rend le tout.
Son sourire édenté est railleur.
Le mien penaud.

Ma mère a réussi son lancer du premier coup. Si elle attrape un poisson avant moi, je boude. Elle est assise et tente de ressentir les secousses que les poissons propagent au fil de nylon.

Je refais un lancer. Les plombs font « plouf » dans l’eau. Je pense avoir fait fuir notre repas...

« Aaah Oh lala... Je crois que j’en ai un ! Qu’est-ce que je fais ? Mamadou ! »

« Il faut que tu tires sur le fil Marie-France. Un coup sec et tu remontes rapidement le poisson. »

Que l’hameçon soit nu...
Que l’hameçon soit nu...
Que l’hameçon soit nu...

« WHA HA ! HA ! J’ai rien. Oh mais il a mangé ma crevette. »

Oufff...
Ouais ! Je sais, je suis mauvaise joueuse. Je n’aime pas perdre. Mais je crois l’avoir déjà dit..


Il faut avouer qu’il est difficile de ressentir le moment où le poisson mord.
Il connaît la technique.
Nager autour de la crevette.
La déguster par petites touches.
Le fil vibre sous les nombreuses attaques.
Mais comment savoir celle qui pourrait lui être fatale ?


« Aaah Oh lala. Je crois que j’en ai un. Oh oui. Là j’en ai vraiment un. »

Que l’hameçon soit nu...
Que l’hameçon soit nu...
Que l’hame...
Et m.....

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« Bravo Marie-France. Un capitaine. Marie-France 1. Nathalie 0. »


Il va se taire... Ou je lui fait bouffer mon hameçon ! Le fil de nylon et le support de bois avec !!

J’aime pas la pêche. Je veux rentrer. Je vais attraper une insolation, je n’ai pas de casqu...

Oula... ! Je crois que j’en ai un. Le fil se tend vraiment.
Je ne vais pas crier victoire... je vais avoir l’air ballot si je n’ai rien.

Je remonte le fil. Doucement. Il semble plus lourd. Un poisson me montre sa gueule. L’hameçon l’a pris à la "commissure des lèvres".

« Bravo Nathalie. Un poisson chat. Marie-France 1. Nathalie 1. »

Je joue la fille blasée... Coutumière de la réussite.
Je tends la main vers le poisson pour lui retirer l’hameçon. Le piroguier tire mon fil de nylon à lui.

« HEEEEE ?~!?.#~?!#!?!?#~ ?? »

« Il faut faire attention Nathalie. Le poisson chat a des épines sur le dos et les piqûres sont douloureuses. »

Je laisse donc le piroguier enlever l’hameçon. Ma mère en profite pour attraper un nouveau poisson ! Un autre capitaine...
Avant même que Mamadou n’ouvre la bouche, je rumine ses mots :
Marie-France 2. Nathalie 1.
M’en fiche. Moi, j’ai péché un poisson DANGEREUX !

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Le temps passe. Il commence à faire très chaud. Le piroguier profite de notre activité pour préparer des lignes. Pour lui. Ou d’autres touristes.

« Nous allons rentrer. Il est bientôt l’heure de manger. »

Nous enroulons le fil autour de son support de bois.
Au fond de la pirogue, les fruits de notre pêche : les 3 capitaines de ma mère. Mes 3 poissons chats.

Egalité.
Je suis satisfaite...


Le moteur en marche, le piroguier nous ramène à l’embarcadère de l’hôtel. Le mouvement nous donne une impression de souffle. Légèrement rafraîchissant.

Nous descendons de la pirogue.
Ma mère donne un pourboire au piroguier. J’en profite pour prendre en photo notre repas.

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« Nous allons donner les poissons au piroguier. Pour lui et sa famille. »

Sans problème. Au contraire. J’espère seulement que sa famille n’est pas nombreuse. Il y a vraiment très peu à manger.

Nous le quittons sur un sourire. Il retourne à sa pirogue ranger son matériel. Nous allons dans notre case nous doucher. Le repas dans ½ heure.


Je prends de la viande !

samedi, 14 avril 2007

Jour J + 5 : Sipo

Mamadou nous mène tout d’abord vers une femme, affairée en cuisine. Elle nous regarde venir. Souriante. Elle s’assied face à un feu. Elle fait griller des arachides. Nous l’observons.

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Je regarde autour d’elle. Surprise. Bluffée. La planéité du sol laisse fortement à désirer. Les murs sont de guingois. Mais la vaisselle est propre. Elle sèche sur des branchages. Le repas du midi, de la journée ? mijote dans deux gamelles.


Mamadou la remercie et poursuit sa visite guidée.
Il nous montre une petite construction. De grosses pierres empilées. Une forme de tipi. De la paille comme toiture.

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« L’enclos des poules. »






Un peu plus loin, un four à pain !
Avant de venir, j’étais persuadée que le riz était LA CEREALE. Que le pain n’existait pas.
Et bien, que nenni.
Dans les villes, il y a des boulangeries.
Dans les villages, des fours.

Celui-ci porte fermée...

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... porte ouverte...

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« Nous allons allés voir l’école. Mais je crois que l’instituteur n’est pas là. »
Là, ça me plait. Voir l’école d’un petit village.


Nous passons devant une très jolie case. Carrée. Sérère. Les murs sont faits de paille ou de branches de rônier (espèce de palmier). Des moutons paissent dans son ombre.

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Un peu plus loin, une autre case. Digne d’un article dans "Marie-Claire maison". Des fleurs roses en décoration. De petits meubles de jardin. Le sable de la cour semble ratissé.

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« Voici l’école. Entrez. »

L’école ? Il serait plus juste de dire la classe. Il n’y a qu’une pièce. Une grande case. Une dizaine de tables. Ce qui ne veut pas dire une dizaine d’élèves. Ils peuvent être deux voire trois à se partager une table ! Mais je ne pense pas que les enfants soient nombreux ici. Les murs sont ajourés. Le plafond inexistant par endroit. La saison des pluies doit obliger au chômage technique...

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Deux tableaux au fond de la pièce.
Le tableau noir, traditionnel.
Un vert, posé à même le sol.

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Sur le noir, une leçon de calcul.
Les notions de "dizaine" et "d’unité".
Sur le vert, des lignes de lecture.
L’écriture est belle.

Le sens des phrases ? Local !
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"modou est un élève. il habite à Sipo. il se lave pour venir à l’école. tonton a attrapé des poissons. les enfants seront contents."



En France, l’instituteur pourrait noter :
"Tonton a acheté la dernière playstation.
Les enfants sont déçus. Il a oublié les iPod !"




Des enfants entrent dans l’école.
De jeunes pré-ados.
De plus petits.

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Dont un qui semble bien pensif.





« L’instituteur n’est pas au village. Il est parti s’occuper de son champ (son bétail). Ils sont obligés d’avoir une autre activité car l’école ne leur permet pas de vivre. »

Nous sommes lundi ! Cela fait quatre jours que les enfants n’ont pas de cours...
Je pense toujours qu’il y a beaucoup à faire, ici, au niveau des enfants, de leur éducation. L’idée que je pourrais peut-être tout changer avec mes petits bras me traverse l’esprit...


Mamadou interrompt mes divagations.
« Nous allons retourner à la pirogue. »

Nous sourions aux enfants. Quittons la classe.
Nous revenons à la plage par un autre chemin.


« Ce sont des fleurs de Bissap. Bu frais, c’est très rafraîchissant »

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Ma mère acquiesce. Elle en a pris en apéritif.


« Voici un bibassier. Au sol, des bibasses tombées. »

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« Chez nous, on appelle ça des nèfles. »



Nous arrivons sur la plage.
Le piroguier est là. Il enroule des fils de nylon. Il a du préparer le matériel de pêche que nous allons maintenant utiliser.
J’espère qu’il a des hameçons et de la patience à profusion.
Il va lui en falloir...


Nous quittons Sipo.
La reine n’est pas là.
Les hommes qui étaient sur le départ non plus.



Direction le centre du delta du Saloum.
Nous allons devoir gagner notre repas.

samedi, 07 avril 2007

Aparté

Cette note n’a rien à voir avec les précédentes.
Elle n’aura rien à voir avec les suivantes.
D’où son titre.


Loin de l’écran, j'ai réfléchis.
J’ai essayé de comprendre ce silence.

Pourquoi ? Pourquoi 14 jours sans publication ?

Aujourd'hui, je sais !
Durant ce temps, j’ai mis en relation mon inconscient et mon conscient.
[Merci CB]

Des fruits ont jaillis de cet affrontement. Je m'en suis saisi.


Aujourd’hui, je vais bien.

J'ai la réponse.
Elle est simple.
Elle est limpide.

...C’est pourquoi elle m’échappait...


Je devais aller au Sénégal.
Voyage inéluctable.
Inéluctable parce que je suis métisse !

"Issue du croisement de deux races ou de deux variétés différentes de la même espèce."
[Définition du dico français ATILF].


Je ne connaissais qu'une seule variété de l'espèce.
J’étais soumise depuis plus de 14130 jours à un régime hypo-diversitéculturélique.
Il était temps que je change d'air.


De plus, comme le dit Hannah Arendt
[Philosophe américaine d’origine allemande] :

"Pour être confirmé dans mon identité, je dépends entièrement des autres".

Alors... allons voir ces autres.



Et c'est d'elle.
Elle la reine !
D'elle dont je dépendais.

Elle a dit ce que je me refusais à entendre.
Elle m'a dit ce que j'étais venue chercher.
Elle m’a reconnue Sénégalaise au Sénégal.


C’était le but de ce voyage.
Envie de faire ma connaissance.
Envie de confronter mes deux moitiés.
Les enrichir mutuellement.

En l’espace d’une salutation, je me suis sentie légitimée dans ce désir.


J’aurais pu repartir dans la minute.
Sans regret.
Je pouvais cesser de publier des notes.
Sans regret.


Mais il y a eu d’autres rencontres.
D’autres anecdotes.
D’autres lieux.

De plus ma mère commence à le lire...


Alors il faut continuer !
Donc continuons.


Et je vais finir sur cette phrase qui appartient à je ne sais qui :
« C`est pas moi qui ai fait le voyage.
C`est le voyage qui m`a fait. »

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