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mercredi, 13 juin 2007
Jour J + 7 : Gorée - 2
Gorée. Ile chargée d’histoire.
Sur l’embarcadère, les écoliers s’éparpillent. Ils slaloment à travers les rangées de touristes.
Des touristes rouges. Humides. Suants.
Il y a beaucoup d’handicapés. Locaux.
Une structure d’accueil à proximité ?
Une mendicité plus lucrative ?
« Nous allons déposer vos affaires à l’hôtel. Il va falloir faire vite. La visite va commencer et le conservateur n’aime pas les retardataires. »
Je peine pour suivre Mamadou. Nous coupons par la plage. Mes pieds s’enfoncent sous mon poids. Et celui de mon sac.
"Hostellerie du Chevalier de Boufflers".
Dans le couloir, une femme.
« Laissez vos valises ici. Je vous montrerai la chambre ce soir. »
A peine entrés. Aussitôt ressortis.
Nous empruntons des ruelles.
Ombragées.
Accueillantes.
Des bougainvillées décorent les façades.

Au loin, un attroupement. Des touristes pénètrent sous un porche.
Nous prenons place dans leurs rangs. Face à nous une cour. Un double escalier.
« Avancez. Avancez. Nous allons commencer. Monsieur N’Diaye va vous raconter l’histoire de cette île. »
Je me fais fluette. Je me glisse entre deux touristes. Je veux être à la première loge. J’ai vu cet homme. Le conservateur. Dans des émissions de télévision. "Thalassa". "Des racines et des ailes". Sur des sites Internet aussi. J’ai le souvenir de sa passion. De son émotion. De sa voix. Puissante. Vibrante. Aujourd’hui, il est face à moi. Il va commencer son discours. Avant même qu’il ne prononce un mot, j’ai les poils hérissés !
Peut-être à cause des fantômes d’esclaves égarés.
Ils hantent les lieux...
Ils demandent à être vengés...
Ils demandent à être entendus...
« Taisez vous quand je parle »
Il semblerait que le conservateur réclame lui aussi de l’attention.
« Et ne prenez pas de photos ! »
Le touriste interpellé se fait tout petit. Penaud comme un collégien pris en faute.
Le conservateur n’est pas commode.
Son histoire n’est pas facile.
08:00 Publié dans Instants | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Sénégal, Ile de Goré, Maison des esclaves
lundi, 11 juin 2007
Jour J + 7 : Gorée -1
« Nous allons au port autonome de Dakar. Je vous accompagne à Gorée. Nous visiterons la maison des esclaves. Puis je vous laisserai à l’hôtel. Je vous attendrai demain, à votre retour de l’île. »
Sur le parking du port, Mamadou nous dépose. Il va se garer plus loin.
Le soleil est déjà haut. Ma mère s’abrite derrière un portique de cartes postales.
Le contrôleur ouvre le passage. Beaucoup de monde.
Des enfants. Des écoliers. Cartables et socquettes blanches.
Des touristes. Appareil photos en bandoulière et tongs.
Nous montons sur le Ferry. A l’étage. Pour être à l’air. Pour avoir une vue panoramique.
A peine assise, ma chemise colle au dossier du banc.
Quelques secousses. Nous nous éloignons du quai. Mamadou, devant nous dégouline. C’est la première fois que je lui vois des gouttes de sueurs perler.
« Tenez Mamadou »
Il s’éponge avec un mouchoir que lui tend ma mère.
Le trajet est court. A peine 20 minutes de trajet.

Le temps de voir s’éloigner le port de Dakar et apparaître l’île de Gorée.
On distingue une grande bâtisse. Ronde. Style bunker.

« Le fort de Gorée. Aujourd’hui, c’est un musée. »
Le ferry prend son virage. Nous voici face à l’embarcadère.
Les couleurs ocre, rouille des maisons se détachent sur fond bleu.

Des touristes patientent sur le ponton.
Ils ont terminé leur séjour, leur visite.

Nous allons entamer la notre.
08:00 Publié dans Instants | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sénégal, Ile de Gorée, Port autonome de Dakar, Ferry
samedi, 09 juin 2007
Jour J + 6 : De Toubacouta à Gorée - 2
« Nous allons nous arrêter ici. Dans ce village. Je vais demander au chef si vous pouvez le visiter. »
Je lève la tête. Quelques cases sur notre gauche. Plombées par la chaleur.

Nous suivons Mamadou. Il pénètre dans une case. Il nous invite à le suivre.
Le chef du village, alité, se redresse difficilement. Il devait dormir...
« Il est malade. Il veut bien que nous fassions un tour. »
Je le salue d’un mouvement de tête. Il est âgé. Il semble vouloir donner le change. Mais la vitalité lui fait défaut.
Nous sortons de la case.

Celle-ci est joliment décorée. Ornée.
Une femme, son enfant dans les bras face à nous.
Un enfant nous observe. Un croûton de pain à la bouche.

Derrière lui, la cuisine.

Une marmite est sur le feu. A ses cotés, le repas. Encore sur patte.

Avec sa progéniture !
Nous ne nous éternisons pas.
En sortant du village, une "citerne" tressée.

« Ceci est le grenier. La récolte du village est à l’intérieur. Les greniers sont toujours en dehors du village. En cas d’incendie, la récolte est sauvée. »
Nous remontons en voiture. Plus d’arrêt avant Gorée.
10:00 Publié dans Instants | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Sénégal, Village, Gorée
jeudi, 07 juin 2007
Jour J + 6 : De Toubacouta à Gorée - 1
Nous quittons l’hôtel. Tôt le matin.
Nous avons une longue route à faire. Direction Gorée.
Les vendeurs ont déjà ouvert leurs boutiques.
Le trajet retour est tortueux. Comme celui de l’aller. Alternance de voies goudronnées. Sur quelques mètres. De chemins de terre. Sur des kilomètres...
Mamadou roule parfois sur la route. A gauche. Au centre. Rarement à droite. Il emprunte aussi les bordures de champs.
Il slalome entre les nids de poules !
Diantre ! Ce doit être des mastodontes ces volailles !
Il va doucement. L’allure permet d’observer les alentours.
De petits oiseaux s’égaillent au passage de la voiture. Se posent sur les arbustes.
Minuscules taches rouges.
Eparses.
Virevoltantes.
Il est difficile de les figer sur pellicule.
« Ce sont des Gonoleks de barbarie. »
J’aimerai le prendre mais chacun des ralentissements le fait fuir.
Il va falloir ruser.
Ou tomber sur celui qui veut son moment de gloire.
Celui-là peut-être ?...
Oui. Il patiente.
Le temps de la mise au point.

On ne voit pas grand-chose.
Il se laisse deviner.
Le reste du trajet se fait. Doucement.
Au loin, Kaolack.
Une longue file de camions.

« Ils attendent leur chargement de sel. Ensuite, ils vont livrer dans les régions. Il y a aussi une partie du sel qui part vers chez vous. Pour dessaler les routes en hiver. »
Je m’assoupie.
Je pense à Sipo. A sa reine...
Je pense à la fin de semaine.
A la Casamance...
A Ziguinchor...
16:23 Publié dans Instants | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sénégal, Toubacouta, Sipo, Reine, Casamance, Ziguinchor, Père
samedi, 02 juin 2007
Jour J + 5 : Visite de Toubacouta - 4
Nous sommes dans la salle à manger de l’hôtel.
Mamadou n’est pas là. Le groupe de touristes de Touba si.
Ma mère échange avec l’une d’entre eux.
« C’est magnifique ici n’est-ce pas ? »
« Oui, très. Vous êtes ici depuis longtemps ? »
« Bientôt une semaine. Nous remontons demain pour une journée sur l’île de Gorée. Ensuite, nous descendons en Casamance. »
« Ouh la la. Vous n’avez pas peur ? Une amie y est allée le mois dernier et... »
Oups... la touriste fait un geste d’égorgement !
Mamadou arrive. Nous prenons place à notre table.
« La femme m’a expliqué que le mois dernier son amie a été tuée en Casamance. »
« C’est vrai qu’il y a de temps en temps des attaques. Mais la région est tout de même assez calme. »
Mouais...
Je savais cette région, le grenier du Sénégal, en conflit... mais me faire égorger sur le trajet, que nenni...
Quitte à mourir, je préfère une balle dans la tête. Un sniper. Du haut d’un baobab.
Juste ne rien sentir.
Juste ne rien savoir.
Juste ne pas comprendre.
Le séjour en Casamance semble être compromis.
Pourtant, malgré les risques, je veux y aller.
C’est le but premier de mon voyage.
Celui qui m’a fait attendre aussi longtemps.
Celui qui m’a fait hésiter.
Celui qui me porte aujourd’hui.
Ziguinchor...
Là où mon père a vu le jour.
Juste envie de sentir...
Juste envie de savoir...
Juste envie de comprendre...
14:57 Publié dans Instants | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Sénégal, Père, Casamance, Ziguinchor, Savoir, Comprendre, Sentir



