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mercredi, 11 juillet 2007

Jour J + 7 : Gorée - 3 - La maison des esclaves - 3

« Il y avait aussi un tout petit espace, sous l’escalier, pour les récalcitrants. Ceux qui se rebellaient. A l’époque, cet espace était fermé par une porte en fer et des barreaux qui leur permettaient de respirer. La durée du séjour était fonction de la gravité de ce qu’ils avaient fait. »


« Au-dessus de vos têtes, le célèbre escalier. Le marchand et l’acquéreur s’accoudaient au balcon. Les esclaves étaient palpés par des affranchis. Palpés comme du bétail. Le marchand et l’acquéreur les observaient et discutaient de leur valeur musculaire. Chaque ethnie africaine avait sa cote, sa spécialisation. Comme une espèce bovine ou chevaline. L’ethnie la plus cotée était les "Yoruba". Ils étaient de l’ouest du Nigeria et de l’est du Bénin. Dans les plantations, ils étaient considérés comme des éléments géniteurs. Les marchands les appelaient d’ailleurs des "esclaves bouc" ou bien des "esclaves étalon". »
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«Ce double escalier mène à la vie de château. Le quartier des marchands avec, sur votre droite, la maison de l’organisateur de ces ventes... »
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« Sous cet escalier, le couloir qui mène à ce que j’appelle aujourd’hui à la porte du "Voyage sans retour". Partir par cette porte qui donne sur la mer, c’était faire ses adieux à l’Afrique. Au bout de cette porte, il y avait un quai qui servait embarquement. Certains esclaves tentaient de s’évader en plongeant dans la mer. Mais ils étaient abattus par les gardiens ou dévorés par les requins. Pourquoi les requins ? Parce que les malades, les agonisants étaient directement jetés à la mer et cela attirait les requins. C’est aussi par cette porte que nous avons eu le privilège de recevoir le pape en 1992. C’est aussi de là qu’il a demandé pardon à l’Afrique.... »
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Nous étions nombreux dans la maison.
Point de bruits. Points de mots plus hauts que les autres.
Pas d'interpellations. Pas de cris. Pas de bousculades.
Le silence avait sa place.
Silence religieux.
Silence respectueux.
Comme dans une église. l'impression d'avoir à se taire. A ne pas se faire entendre.
Que ce serait malvenu.


Ma mère me fait signe.
Une porte en bois.
Des affiches. Blanche. Format A4.
Une écriture bleue.
Ou bien noire. Un peu passée...
Une liste. Celle des traitants.
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Ils sont Nantais.
Ma famille vient de là. De ce coté ci de la France. L'Ouest.
Je parcours les noms de ceux qui ont marchandé.
Je ne vais pas bien loin.
Je m'arrête au premier !!!!
Le nom d'un de mes ancêtres...
Pas si lointain. Encore proche.
Il est mentionné par deux fois...


Sur l'autre porte en bois, des phrases.
De petits poèmes.
Ils sont de Jo Ndiaye. Le conservateur de ces lieux.
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Nous sortons sur ses mots :
"En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle."

Jo Ndiaye n'est plus tout jeune. Il reste à souhaiter qu'il sera remplacé. Que d'autres, plus tard, bien plus tard puissent nous rappeler nos quelques faits d'histoire...

Commentaires

merci de nous faire vivre tout cela.
J'imagine très bien le choc que cela doit faire d'être ici. C'est un lieu de mémoire important. Mais sur le plan historique il y a quelques nuances à apporter.
Tu cites ceci : "Dans les plantations, ils étaient considérés comme des éléments géniteurs." C'est une idée reçue remise en questions par les recherches récentes, car "les planteurs resfusaient de favoriser la formation de familles esclaves, préférant la traite à la natalité pour renouveler la population servile".
"L'achat d'esclave adultes prêts au travail, étaient considéré comme moins couteux que la formation sur place d'un enfant à l'espérence de vie aléatoire".
Atlas des esclavages, Marcel Dorigny et Bernard Gainot

Ecrit par : WK | mercredi, 11 juillet 2007

WK : Merci pour ces précisions. Mais je crois que comme tout être humain, qui grandit en se nourissant de rancoeurs, plaisirs, douleurs, Jo Ndiaye (là-bas) et moi (sur ce blog) ne transmettons que ce que nous voulons transmettre ou bien nous gardons en mémoire ce qui nous parle le plus et nous taisons, comme il se doit, ce qui ne nous porte pas ... haut...
A bientôt je l'espère, ici ou en Guadeloupe, pour déguster une autre daurade à la fleur de sel... lol

Ecrit par : Nathalie | samedi, 14 juillet 2007

Banco pour la dorade !!!

Ecrit par : WK | dimanche, 15 juillet 2007

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