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vendredi, 27 juillet 2007

Jour J + 8 : Dakar - 1

Le Ganalé. Rue Amadou Assane Ndoye.

La femme à l’accueil a le sourire commercial. Elle nous tend deux fiches à renseigner. La formalité effectuée, nous recevons notre clef. Nous suivons le portier.
Deux lits. Une grande salle de bain sur la droite. Une télévision. La climatisation.
Le portier nous laisse. Nous mettons tout de suite la clim.

« Bon, aujourd’hui il faut que nous fassions les comptes. Calculer ce dont nous allons avoir besoin. Aller à la banque. A partir de maintenant, il va falloir tout payer. Les repas. Les nuits d’hôtel. Le chauffeur pour les trois jours en Casamance. Il y a aussi le ferry pour traverser la Gambie. Et les bakchich. »

« Des bakchich ? »

« Oh la la, Nathalie. Tu vas voir comment ça se passe. Avec Berthe, c’était vraiment très long et il faut pratiquement payer à chaque poste de frontière. Il va aussi falloir que j’appelle le consulat. »

« Pourquoi ? »

« Pour savoir si la route est sûre pour descendre en Casamance. La touriste, à Toubacouta, tu as entendue ce qu’elle me disait. Son amie qui a été tuée. »

« Oui mais le chauffeur qu’on va avoir est de là-bas. Il n’y a pas de risque. »

« Je préfère appeler Nathalie. Si la route n’est pas sûre, on ira directement à Kolda. »

« ... »

Je prends mes affaires et vais sous la douche. Je me glisse sous le jet d’eau, habillée. Histoire de laver mes fringues en même temps.

"Qu’on aille à Ziguinchor. Que la route soit sûre.
Qu’on aille à Ziguinchor. Que la route soit sûre.
Qu’on aille à Ziguinchor. Que la route soit sûre."

Je me répète ses mots sans discontinuer.
Litanies silencieuses.

Pensées magiques de l’enfance :
"Si je retiens ma respiration jusqu’à ce que le feu devienne vert, alors j’aurai un vélo pour mon anniversaire ! Si je ne marche que sur les bandes blanches du passage pour piétons alors je vais gagner la course de demain ! Si je... Si je..."


Je sors de la douche. Mon pantalon et ma chemise gouttent sur le sol.

« J’ai appelé Nathalie. Il y a eu une attaque la semaine dernière sur la transgambienne... »

« ... »

« Je vais appeler Gomis. Il pourra peut-être me dire ce qu’il en est de la route vers Kolda. Mais ça ne sert à rien de prendre des risques. On pourra rester plus longtemps sur Kolda ou bien revenir plus tôt sur Dakar et prendre le temps de visiter. »

"P..... de B..... de M..... Ziguinchor était un peu..., beaucoup..., la seule raison ? pour moi de venir ici..."


« Tu es déçue ? »

« Non. Non. On ne va pas risquer de se faire tuer. Ce n’est pas grave...
... Je vais faire un tour
»

« Où vas-tu ? »

« En bas, au bar. »


Je traverse l’hôtel. Entre dans le bar-restaurant.


Déçue, je le suis.
Je sais qu’il n’y a rien à voir là-bas.
Je sais que je n’y aurai rien appris.
Ni sur lui.
Ni sur moi.


Mais j’aurai aimé me rendre compte que je n’avais rien à y voir, rien à y apprendre.

Rien à y faire...

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