samedi, 07 juillet 2007

Jour J + 7 : Gorée - 3 - La maison des esclaves - 1

Nous sommes tous tournés vers le conservateur. Il redresse la tête. Il porte haut l’histoire qu’il va nous conter. Sa voix s’élève. Forte. Déjà vibrante d’émotions.

« La tragédie de la traite négrière est la plus grande entreprise de déshumanisation de l’humanité. Basée sur une idéologie : la construction intellectuelle du mépris de l’homme noir pour justifier la vente d’êtres humains.
Cette traite de l’homme noir fut le plus grand génocide que l’humanité est connue. Ce sanctuaire, ici, sur cette île fut capitale de souffrances et de larmes car des innocents sont morts ici. Rendez-vous compte, pendant trois siècles et demi.
PLUS DE TROIS SIECLES !...
»

A ma droite, une femme frissonne. Je lui jette un œil. Des larmes mouillent ses joues.
Mes cils retiennent les miennes.

Le public est muet.
Pendu au discours du conservateur.

Ses regards s’arrêtent sur chacun d’entre nous.

Pour nous impliquer.
Dans sa douleur.
Dans son incompréhension.
Dans sa colère.


« Pendant trois siècles et demi, traqués, chassés, arrachés à leur sol natal comme les racines du temps, sous la torture et l’humiliation. Sur ce transfert brutal de millions de noirs, la quasi totalité du nouveau monde construisit ses réalités politiques, économiques et sociales.

La maison des esclaves date de 1776. Construite par les hollandais. C’est la dernière esclaverie en date à Gorée. Les premières remontent à 1536, construites par les portugais, les premiers européens à fouler le sol de l’île en 1444. L’île de Gorée était le plus grand centre de transit de l’est africain.

L’effectif de cette maison variait entre 150 à 200 esclaves. Hommes. Femmes. Enfants. L’attente du départ était longue. Presque trois mois car les esclaves devaient construire les voiliers qui les transporteraient.
Souvent dans cette maison, il y avait des familles : le père, la mère, les enfants. Mais la destination dépendait des acheteurs. Le père pouvait partir en Louisiane. La mère au Brésil. Les enfants aux Antilles. La séparation était brutale et définitive. Les esclaves partaient sous un numéro de matricule et non sous leur nom africain. Dans les plantations, ils optaient pour le nom de leur maître blanc. Aux USA, les africains américain avaient un nom anglais ; au Brésil, un nom espagnol ; aux Antilles un nom français.
»


Les mots du conservateur Boubacar Joseph Ndiaye me poursuivent.
Son discours est pourtant terminé.
Les touristes se sont éparpillés.

Nous visitons la maison.
Arpentons les couloirs.
Les cellules.
Les escaliers que d’autres ont empruntés.

Humiliés.
Fourbus.
Morts vivants.