samedi, 12 juillet 2008

Enfin... de retour

Je me suis enfin décidée à terminer le récit de ce voyage ! Je sais qu'au moment où j'arriverai au point final, je n'y penserai plus, ne m'inquiéterai plus des visites qui se poursuivent régulièrement, enfouirai tous les souvenirs, tournerai la page... Mais comme dit Colette "Tendre vers l'achevé, c'est revenir à son point de départ."

samedi, 02 février 2008

Jour J + 9 : Dakar - Kolda - 7

L’ami ? il est venu. Accompagné lui-même par un de ses amis. Nous avons transféré nos bagages et ceux de la cousine de Rigobert dans le coffre. Une partie du chargement a cependant dû être glissé à nos pieds... Bonjour le confort ! De plus, il n’y a pas de climatisation. En revanche, la voiture semble être en état de marche. Croisons les doigts... Je ne suis pas superstitieuse mais là, mes jambes sont croisées. Mes doigts sont croisés. Mes orteils sont croisés. Mes fesses sont serrées et je ne cesse de répéter en silence : « Allez, encore un kilomètre ; Allez, encore un kilomètre ; Allez, encore un kilomètre ; Allez, encore un kilomètre ;... » Rigobert conduit la voiture comme le minibus. Brusquement, rapidement. Il sait que nous avons changé de programme et que nous ne faisons pas de halte à Ziguinchor. Cette nouvelle la rendu quelque peu mécontent. Ainsi il ne parle pas. Ce n’est pas si mal : le silence qui règne dans l’habitacle nous permettra d’entendre le prochain Clac, ou Pfffff, ou Pschiiiiit qui égaiera la suite du parcours !

jeudi, 31 janvier 2008

Jour J + 9 : Dakar - Kolda - 6

M’Bour. Petite place à un carrefour et son habituel acacia. Nous avons de la chance, nous sommes dans son ombre. Des enfants tournent autour du minibus. Les mains tendues. Notre colère difficilement contenue nous rend très certainement désagréables voire hautaines. Nous les regardons à peine. Je m’intéresse à un couple de touristes. Un jeune homme et une jeune femme. Chacun chargé d’un gros sac à dos. « Vous partez sur Dakar ? » « Non. Nous partons dans l’autre sens, en Casamance. » Ils vont poser leur question aux passagers d’un autre véhicule. Les occupants leur montrent du doigt un de ces bus surchargés qui rejoignent les gares routières des différentes communes. Le couple ne semble pas emballé par la perspective d’utiliser ce mode de transport. Il y en a d’ailleurs un qui s’arrête au carrefour. Une chèvre sur son toit, au milieu de sacs, bidons et affaires diverses. Il va dans la direction de Fatick ou de Kaolack. Il vient de Dakar. Le couple traverse la chaussée. Un autre de ces bus typiques approche. Quelques passagers descendent avant qu’il ne soit à l’arrêt. Le couple échange quelques mots en s’aidant de gestes. Des mains attrapent leurs sacs à dos et se tendent vers eux pour les aider à se hisser sur le marche pied. Le bus se remet en marche. Le couple a disparut à l’intérieur. Nous pendant ce temps ? Toujours à l’ombre, à attendre « l’ami » de Rigobert !

mardi, 29 janvier 2008

Jour J + 9 : Dakar - Kolda - 5

CLAC ! P..... non, ce n’est pas possible. ! CLAC ! Et bien si, ça l’est... A nouveau ce bruit qui n’augure rien de bon. Je regarde ma mère. Elle ne dit rien mais la danse endiablée de ses maxillaires dénote de son agacement. Rigobert se gare une fois de plus sur le bord de la route. Une nouvelle fois, il nous fait profiter de ses pantomimes habituelles : jambes de pantalon remontées sur les genoux ; accroupissement ; disparition de la tête sous le minibus ; réapparition de la tête ; grimaces d’incompréhension, de lassitude, d’inquiétude. Il s’écarte du véhicule, son téléphone portable à l’oreille. Je sors fumer. Le regarde faire des gestes de la main. Il tourne sur lui, piétine, s’immobilise et recommence à gesticuler. Il raccroche et vient vers nous. L’air soulagé. « Un ami nous rejoint à M’Bour. » Il remonte et se glisse derrière le volant. Nous repartons à petite allure. Prochain arrêt : M’Bour. Arrivés là-bas, si nous y arrivons ! nous aurons fait 83 km en un peu plus de deux heures. Encore 555 km. A ce rythme il nous reste plus de 13 heures de route ! Au point où nous en sommes, je crois que j’aurai préféré prendre le petit coucou qui fait la liaison Dakar-Kolda. Coucou aux ailes bringuebalantes, au moteur défaillant, à l’hélice faillible, aux passagers méfiants !

samedi, 26 janvier 2008

Jour J + 9 : Dakar - Kolda - 4

Le garage ? Un petit hangar où s’entassent ferraille et pièces rouillées. Une voiture, une carcasse me semble cependant le terme le plus approprié ! stationne... gît (?) sur le sable, au bord de la route. Des enfants jouent autour, dedans. Ils s’éparpillent à notre approche. Un seul reste, ses yeux ronds fixés sur nous.

1119ada95f920cfaa064ae410070147a.jpg
Un ado en tenue... de mécanicien ? s’approche. Il porte des tongs, un jean tout rapiécé et un tee-shirt orné de ces indispensables tâches d’huile et autres matières indéfinissables. Il se couche sous le minibus. Il agite sa main vers l’extérieur tout en marmonnant des propos inintelligibles. Inintelligibles sauf pour un enfant qui court dans le hangar et revient avec une sorte de fer à souder et un bout de métal. Des coups sourds résonnent sous nos pieds. De petites étincelles les accompagnent en rythme et rebondissent sur le sable. Je ne suis pas fière du tout... « Euh... il ne peut pas y avoir un risque d’explosion là ?! » L’adolescent se tortille pour s’extraire de sous le minibus. Il tend la main vers Rigobert. Celui-ci relève les jambes de son pantalon, s’accroupit, se redresse. Il a l’air satisfait. Il donne quelques billets au jeune mécano. Il remonte dans le véhicule. S’installe derrière son volant avec le sourire. « Allez c’est parti. Et maintenant direction la Casamance. » Nous ne savions pas encore à ce moment là que des esprits africains, quelques peu humoristes se jouaient de nous...

samedi, 07 juillet 2007

Jour J + 7 : Gorée - 3 - La maison des esclaves - 1

Nous sommes tous tournés vers le conservateur. Il redresse la tête. Il porte haut l’histoire qu’il va nous conter. Sa voix s’élève. Forte. Déjà vibrante d’émotions. « La tragédie de la traite négrière est la plus grande entreprise de déshumanisation de l’humanité. Basée sur une idéologie : la construction intellectuelle du mépris de l’homme noir pour justifier la vente d’êtres humains. Cette traite de l’homme noir fut le plus grand génocide que l’humanité est connue. Ce sanctuaire, ici, sur cette île fut capitale de souffrances et de larmes car des innocents sont morts ici. Rendez-vous compte, pendant trois siècles et demi. PLUS DE TROIS SIECLES !... » A ma droite, une femme frissonne. Je lui jette un œil. Des larmes mouillent ses joues. Mes cils retiennent les miennes. Le public est muet. Pendu au discours du conservateur. Ses regards s’arrêtent sur chacun d’entre nous. Pour nous impliquer. Dans sa douleur. Dans son incompréhension. Dans sa colère. « Pendant trois siècles et demi, traqués, chassés, arrachés à leur sol natal comme les racines du temps, sous la torture et l’humiliation. Sur ce transfert brutal de millions de noirs, la quasi totalité du nouveau monde construisit ses réalités politiques, économiques et sociales. La maison des esclaves date de 1776. Construite par les hollandais. C’est la dernière esclaverie en date à Gorée. Les premières remontent à 1536, construites par les portugais, les premiers européens à fouler le sol de l’île en 1444. L’île de Gorée était le plus grand centre de transit de l’est africain. L’effectif de cette maison variait entre 150 à 200 esclaves. Hommes. Femmes. Enfants. L’attente du départ était longue. Presque trois mois car les esclaves devaient construire les voiliers qui les transporteraient. Souvent dans cette maison, il y avait des familles : le père, la mère, les enfants. Mais la destination dépendait des acheteurs. Le père pouvait partir en Louisiane. La mère au Brésil. Les enfants aux Antilles. La séparation était brutale et définitive. Les esclaves partaient sous un numéro de matricule et non sous leur nom africain. Dans les plantations, ils optaient pour le nom de leur maître blanc. Aux USA, les africains américain avaient un nom anglais ; au Brésil, un nom espagnol ; aux Antilles un nom français. » Les mots du conservateur Boubacar Joseph Ndiaye me poursuivent. Son discours est pourtant terminé. Les touristes se sont éparpillés. Nous visitons la maison. Arpentons les couloirs. Les cellules. Les escaliers que d’autres ont empruntés. Humiliés. Fourbus. Morts vivants.

mercredi, 13 juin 2007

Jour J + 7 : Gorée - 2

Gorée. Ile chargée d’histoire. Sur l’embarcadère, les écoliers s’éparpillent. Ils slaloment à travers les rangées de touristes. Des touristes rouges. Humides. Suants. Il y a beaucoup d’handicapés. Locaux. Une structure d’accueil à proximité ? Une mendicité plus lucrative ? « Nous allons déposer vos affaires à l’hôtel. Il va falloir faire vite. La visite va commencer et le conservateur n’aime pas les retardataires. » Je peine pour suivre Mamadou. Nous coupons par la plage. Mes pieds s’enfoncent sous mon poids. Et celui de mon sac. "Hostellerie du Chevalier de Boufflers". Dans le couloir, une femme. « Laissez vos valises ici. Je vous montrerai la chambre ce soir. » A peine entrés. Aussitôt ressortis. Nous empruntons des ruelles. Ombragées. Accueillantes. Des bougainvillées décorent les façades. 3b9d92819d97a218d11569993b428534.jpg Au loin, un attroupement. Des touristes pénètrent sous un porche. Nous prenons place dans leurs rangs. Face à nous une cour. Un double escalier. « Avancez. Avancez. Nous allons commencer. Monsieur N’Diaye va vous raconter l’histoire de cette île. » Je me fais fluette. Je me glisse entre deux touristes. Je veux être à la première loge. J’ai vu cet homme. Le conservateur. Dans des émissions de télévision. "Thalassa". "Des racines et des ailes". Sur des sites Internet aussi. J’ai le souvenir de sa passion. De son émotion. De sa voix. Puissante. Vibrante. Aujourd’hui, il est face à moi. Il va commencer son discours. Avant même qu’il ne prononce un mot, j’ai les poils hérissés ! Peut-être à cause des fantômes d’esclaves égarés. Ils hantent les lieux... Ils demandent à être vengés... Ils demandent à être entendus... « Taisez vous quand je parle » Il semblerait que le conservateur réclame lui aussi de l’attention. « Et ne prenez pas de photos ! » Le touriste interpellé se fait tout petit. Penaud comme un collégien pris en faute. Le conservateur n’est pas commode. Son histoire n’est pas facile.

lundi, 11 juin 2007

Jour J + 7 : Gorée -1

« Nous allons au port autonome de Dakar. Je vous accompagne à Gorée. Nous visiterons la maison des esclaves. Puis je vous laisserai à l’hôtel. Je vous attendrai demain, à votre retour de l’île. » Sur le parking du port, Mamadou nous dépose. Il va se garer plus loin. Le soleil est déjà haut. Ma mère s’abrite derrière un portique de cartes postales. Le contrôleur ouvre le passage. Beaucoup de monde. Des enfants. Des écoliers. Cartables et socquettes blanches. Des touristes. Appareil photos en bandoulière et tongs. Nous montons sur le Ferry. A l’étage. Pour être à l’air. Pour avoir une vue panoramique. A peine assise, ma chemise colle au dossier du banc. Quelques secousses. Nous nous éloignons du quai. Mamadou, devant nous dégouline. C’est la première fois que je lui vois des gouttes de sueurs perler. « Tenez Mamadou » Il s’éponge avec un mouchoir que lui tend ma mère. Le trajet est court. A peine 20 minutes de trajet. e5dabbf1ddf1822deb6e482f1fd3bdb1.jpg Le temps de voir s’éloigner le port de Dakar et apparaître l’île de Gorée. On distingue une grande bâtisse. Ronde. Style bunker. 320b7bd64d9b995fd3410483999aedf2.jpg « Le fort de Gorée. Aujourd’hui, c’est un musée. » Le ferry prend son virage. Nous voici face à l’embarcadère. Les couleurs ocre, rouille des maisons se détachent sur fond bleu. 42f3eb0be839f3ba10e18a5ba45e4e65.jpg 9470b12d268ac323236b7c54a0f8202e.jpg Des touristes patientent sur le ponton. Ils ont terminé leur séjour, leur visite. 8e9cb4adafeadae141fb5d8e3cf11da9.jpg Nous allons entamer la notre.

samedi, 09 juin 2007

Jour J + 6 : De Toubacouta à Gorée - 2

« Nous allons nous arrêter ici. Dans ce village. Je vais demander au chef si vous pouvez le visiter. » Je lève la tête. Quelques cases sur notre gauche. Plombées par la chaleur. 3a22f86b398eb661edc35e3d82b1ba17.jpg Nous suivons Mamadou. Il pénètre dans une case. Il nous invite à le suivre. Le chef du village, alité, se redresse difficilement. Il devait dormir... « Il est malade. Il veut bien que nous fassions un tour. » Je le salue d’un mouvement de tête. Il est âgé. Il semble vouloir donner le change. Mais la vitalité lui fait défaut. Nous sortons de la case. 9ada2f9aedf2638ca9283d6443fa099e.jpg Celle-ci est joliment décorée. Ornée. Une femme, son enfant dans les bras face à nous. Un enfant nous observe. Un croûton de pain à la bouche. f468c883b73308f1c11577dea6e4ccb6.jpg 6eebd8a253cb7650d943f1cfe286525f.jpg Derrière lui, la cuisine. bd28d1a04a8e2b6986804186db25c15b.jpg Une marmite est sur le feu. A ses cotés, le repas. Encore sur patte. dee9db30676f5304d1ec3951c75051c2.jpg 9d9d23ea95c5a89bda7b265f502e9303.jpg 9db428352ce189e7603d872d79c87aaf.jpg Avec sa progéniture ! Nous ne nous éternisons pas. En sortant du village, une "citerne" tressée. 94134c7ffffe8c1afc2ffeafe2a4e1c7.jpg « Ceci est le grenier. La récolte du village est à l’intérieur. Les greniers sont toujours en dehors du village. En cas d’incendie, la récolte est sauvée. » Nous remontons en voiture. Plus d’arrêt avant Gorée.

jeudi, 07 juin 2007

Jour J + 6 : De Toubacouta à Gorée - 1

Nous quittons l’hôtel. Tôt le matin. Nous avons une longue route à faire. Direction Gorée. Les vendeurs ont déjà ouvert leurs boutiques. Le trajet retour est tortueux. Comme celui de l’aller. Alternance de voies goudronnées. Sur quelques mètres. De chemins de terre. Sur des kilomètres... Mamadou roule parfois sur la route. A gauche. Au centre. Rarement à droite. Il emprunte aussi les bordures de champs. Il slalome entre les nids de poules ! Diantre ! Ce doit être des mastodontes ces volailles ! Il va doucement. L’allure permet d’observer les alentours. De petits oiseaux s’égaillent au passage de la voiture. Se posent sur les arbustes. Minuscules taches rouges. Eparses. Virevoltantes. Il est difficile de les figer sur pellicule. « Ce sont des Gonoleks de barbarie. » J’aimerai le prendre mais chacun des ralentissements le fait fuir. Il va falloir ruser. Ou tomber sur celui qui veut son moment de gloire. Celui-là peut-être ?... Oui. Il patiente. Le temps de la mise au point. 0b8ff38fe10a1de19a0061d37f1dd164.jpg On ne voit pas grand-chose. Il se laisse deviner. Le reste du trajet se fait. Doucement. Au loin, Kaolack. Une longue file de camions. f6ce66347292297354cab3218fd959c0.jpg 506f2fee762dcc2fc1ff79f13f6c4492.jpg « Ils attendent leur chargement de sel. Ensuite, ils vont livrer dans les régions. Il y a aussi une partie du sel qui part vers chez vous. Pour dessaler les routes en hiver. » Je m’assoupie. Je pense à Sipo. A sa reine... Je pense à la fin de semaine. A la Casamance... A Ziguinchor...